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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/54

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mur du parc. Tiens ! je suis à deux pas de l’endroit d’où je suis sorti il y a une heure.

MAURICE. — Vous avez déjà dormi une heure ?

LE CURÉ. — Après tout, je n’en sais rien. Bonsoir, mauvais plaisants. Vous voulez me jouer quelque tour !

MAURICE. — Méfiant comme un prêtre !

LE CURÉ. — Pardieu, vous êtes si gentils avec les prêtres, vous autres philosophes !

DAMIEN. — Philosophes, nous ? Vous nous faites trop d’honneur, monsieur le curé ! Nous ne croyons pas en avoir donné jusqu’à présent beaucoup de preuves.

LE CURÉ. — Bah ! tous les jeunes gens, tous les artistes sont comme ça à présent. C’est une mode ! Adieu, vous dis-je. Lâchez donc mon cheval !

MAURICE. — Rendez d’abord ce chapeau qui n’est pas à vous.

LE CURÉ. — Ce chapeau ? au diable le chapeau ! Je le sais bien, qu’il n’est pas à moi, il m’est fort incommode ! Mais il n’est pas à vous autres non plus. C’est un champignon rustique. Le mien était en forme de céleste triangle, il n’y manquait que des rayons. Il m’en serait peut-être poussé ; mais le diable s’en est mêlé, vous dis-je. Voyons, l’avez-vous vu, mon chapeau ? mon vrai chapeau ?

EUGÈNE. — Vous ne le voyez pas sur ma tête ? Il y a quatre heures que je le promène par-dessus le mien, sans trouver à m’en défaire.

LE CURÉ. — Tiens, tiens, c’est vrai ! Donnez… Je vous rends celui-ci ; faites-en de la soupe, si bon vous semble.

MAURICE. — Expliquez d’abord comment vous avez fait ce troc bizarre.

LE CURÉ. — Ah ! je veux bien vous en montrer la cause. Elle est dans ma poche. Tenez, le voilà le coupable !

MAURICE. — Le diable.

LE CURÉ. — Oui, c’est ce gredin-là. C’est vous, je parie, qui l’avez pendu à une branche pour décoiffer les passants ? On dit que vous faites des marionnettes ! mais vous ne l’aurez plus ; mon confrère, votre curé, voulait le faire brûler ; je l’ai sauvé des flammes temporelles, et je le garde.