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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/53

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DAMIEN. — Va, va, nous ne sommes pas les seuls, encore une fois ! Tout le monde est malade de cela, et puisque nous connaissons notre maladie, nous pourrons en guérir un jour.

MAURICE. — Espérons-le… mais c’est triste à dire, il n’y a plus d’art ! Il y a encore quelques grands artistes… mais il n’y a plus de doctrine d’art, plus d’école, plus de chemin tracé où l’on puisse marcher selon ses forces, plus ou moins bien, mais du moins dans une voie de vérité ou de certitude.

EUGÈNE. — Avez-vous remarqué une chose ? C’est que les maîtres ne font plus d’élèves ; on dirait qu’ils ne savent pas enseigner, ou que personne ne sait plus apprendre.

DAMIEN. — À quoi ça tient-il ? Tiens, voilà un curé qui passe, je vais le lui demander !

EUGÈNE. — Minute, regarde son chapeau, c’est une autre question à lui faire. Monsieur le curé, nous vous souhaitons le bon soir.

LE CURÉ DE SAINT-ABDON. — Êtes-vous des voleurs ? N’approchez pas, tas de coquins, ou je vous fends la tête avec le manche de mon fouet !

MAURICE. — Ah ! que vous êtes méchant, ce soir, monsieur le curé de Saint-Abdon ? Vous ne nous reconnaissez pas.

LE CURÉ. — Tiens, c’est vous ! Ah ! vous m’avez fait peur ! Je m’endormais sur mon cheval, vous m’avez réveillé en sursaut. Ah çà ! où suis-je ?

MAURICE. — Auprès du parc.

LE CURÉ. — Je ne me reconnais pas ! Vous m’attrapez !

DAMIEN. — Parole d’honneur !

LE CURÉ. — Je ne vous crois pas.

MAURICE. — À notre parole d’honneur ?

LE CURÉ. — Bah ! qu’est-ce que c’est que des paroles d’honneur comme ça ?

EUGÈNE. — Par quoi faut-il jurer ? Par le ciel ou l’enfer ?

LE CURÉ. — Ah ! bien oui ! voilà des choses dont vous vous moquez pas mal !… Ah ! je me reconnais ! Voilà le