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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/47

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expliquez-moi donc comment il se fait que, de commis marchand, vous soyez devenu jardinier-fleuriste ?

FLORENCE. — Je ne me destinais pas plus à l’horticulture qu’au commerce. Je sais tenir des livres et cultiver des fleurs ; mais, ne voulant pas être dans la misère par ma faute, j’ai pris d’abord la première chose qui s’est présentée. Je ne suis resté au magasin que le temps nécessaire à mes amis pour me trouver un emploi plus agréable. Celui-ci s’est rencontré, et, ce qui m’a décidé à l’accepter tout de suite, c’est vous.

JENNY. — Comment cela ?

FLORENCE. — Aimant ce métier-là comme on aime un art, j’aurais souhaité me consacrer à l’entretien de quelque jardin public, où j’aurais pu, sous la direction de quelque savant, me perfectionner dans la botanique. La perspective d’être au service d’une belle dame qui ne doit voir en moi qu’un domestique chargé de lui faire des bouquets et de décorer ses appartements ne me souriait guère. Mais quand j’ai su qu’il s’agissait de cette même comtesse de Noirac qui demeurait en face de notre magasin et qui vous avait emmenée, je me suis rappelé que cette femme m’avait paru accorte et bonne, malgré ses airs éventés, et j’ai espéré que je vous trouverais encore auprès d’elle. L’idée de vivre, ne fût-ce que quelque temps, auprès de vous, pour qui j’ai autant d’estime que de sympathie, m’a été douce, et je n’ai pas hésité.

JENNY. — Je vous en remercie, monsieur Florence ; mais je ne sais pas si nous nous verrons beaucoup. Vous habitez seul ce pavillon là-bas, vous travaillez toujours dans les serres, et moi je ne me promène pas souvent, je ne sors guère des appartements de madame ; vous ne mangez pas à l’office…

FLORENCE. — Oh ! ce n’est pas fierté ! Je ne prétends pas m’élever au-dessus des autres, j’obéis aux conditions qu’on m’a tracées. J’ai un logement séparé, j’ai un traitement pour me nourrir ; je m’entretiens à ma guise… Ah ! pourquoi n’avez-vous pas soixante ans ? Je vous offrirais de