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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/328

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CASSANDRE. — Et moi aussi, je tombe de fatigue.

LE MISANTHROPE. — Vous voyez bien, la vie nous échappe. Et vous, docteur ? et Léandre ? et les autres ?… Pas de réponse !… Allons, les voilà tous fiasques, inertes et glacés !

COLOMBINE. — Non, pas moi ! Je rêve agréablement ! mon esprit divague avant de s’éteindre. J’aperçois encore le décor où nous étions si beaux tout à l’heure ; un arbre bleu, un ciel vert, une étoile qui tremblote à la fenêtre, des bruits vagues, des chuchotements mystérieux ! Ah ! je vois le scénario de la pièce ; les mots écrits résonnent, ils volent dans la salle. Il y a là-bas une phrase bouffonne qui s’est assise sur un banc, voilà un éclat de rire qui traîne par terre et qui essaye de se relever. Le voilà qui flotte, qui s’accroche à la corniche…

LE MISANTHROPE. — Vous battez la campagne, pauvre fille de bois ! Allons, dormons ! La vie n’est pas une chose qui nous appartienne. Nous la perdons quand l’homme nous quitte. Heureusement il peut nous la rentre, lui qui dure moins longtemps que nous, mais qui vit tout le temps de sa vie. Voilà l’horloge qui sonne… Quelle vibration dans ma tête !… Elle aussi, l’horloge, elle est un être… un être mystérieux, un être captif… Bonsoir, Colombine ! Allons-nous dormir un jour ou un siècle ?




SCÈNE VI


Dans la serre


Les convives sont tous à table.

DIANE, à Maurice. — Ah çà ! vous parlez de vos marionnettes comme si vous croyiez à une sorte d’existence qui leur serait propre !