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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/325

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LE BORGNOT. Moi, j’en ai la gueule démanchée.

GERMAIN. — Cette comédie-là, c’est des bêtises. C’est une vilaine comédie. J’aurais voulu casser la tête à ce vieux gueux qui bat son domestique parce qu’il veut se faire vacciner. Y a du mauvais dans les inventions nouvelles, c’est vrai ; mais y a du bon aussi. Quand c’est prouvé !

PIERRE. Oui, mon père, quand il est déjà ancien, vous acceptez bien le nouveau, pas vrai ?

GERMAIN. — Dame ! certainement !

MANICHE. — Ah bien, moi, j’aime mieux le nouveau que l’ancien !

PIERRE, bas. — C’est-il bien vrai, Maniche ?

(Ils partent.)

MADAME BROWN, à ses filles. — Attendez un moment, mes enfants ; votre père s’est absenté pour une heure, mais monsieur Jacques va venir.

MAURICE, à Eugène et à Damien, en se rhabillant derrière la toile. — Et vite, les belles créoles qui attendent des bras ! En voilà six pour un ! Moi, je me dois à la mère, messeigneurs !

DAMIEN. — Alors, je vais être forcé de conduire une de ces petites filles ?

EUGÈNE. — Plains-toi, cafard ! Tiens, regarde-moi, je ne vas pas faire le difficile avec la grande.

MAURICE. — Dites donc, pas de bêtises !

EUGÈNE. — Le conseil est joli ! on fait le matamore à trois pas de l’innocence et de la beauté, et puis quand on veut lui dire un mot, on a une peur ! on n’est plus qu’un pierrot !

DAMIEN. — C’est comme ça. On est content, mais on est bête.

(Ils vont offrir leurs bras aux dames Brown très-respectueusement, et partent avec elles. Jean avec le Borgnot restent les derniers.)

JEAN. — Regarde par là-bas, si c’est bien éteint partout.

LE BORGNOT. — Bah ! si le feu prend, on est pompier, à c’te heure.

JEAN — Mais j’aime autant dormir que de faire jouer la pompe cette nuit !