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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/321

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gue depuis que mon âme est guérie. Oui, elle l’est, j’en suis sûre. Je dormirai bien cette nuit, sous ce toit couvert de mousse, que je trouve encore trop riche et trop beau pour abriter le souvenir de ma mollesse et de mon luxe infâme ! Adieu, ma Jenny, je t’aime ! ne me retiens pas davantage, mes hôtes seraient inquiets de moi. Ils croiraient peut-être que je mène une mauvaise conduite… M’entends-tu parler, Jenny ? Ne ris pas, si je parle comme une fille honnête qui craint d’être soupçonnée ! Embrasse-moi encore… et adieu !

(Elle s’éloigne rapidement).

JENNY, un instant irrésolue. — Elle le veut !… Mais non, je ne peux pas la laisser comme cela ! Céline, écoute-moi !

JACQUES, la retenant par la main. — Non, ma fille ; laissez-la tenir ses promesses et mériter sa réhabilitation. Nous la lui avons un peu escomptée pour la lui rendre possible, et elle l’est devenue. Ne lui ôtez pas le mérite de son premier pas dans la bonne voie.

JENNY. — Vous l’avez entendue parler, monsieur Jacques ? Ah ! vous pouvez bien être fier de votre ouvrage ! Mais la laisser seule comme cela…

JACQUES. — Ne craignez rien, je la fais suivre à distance par le bon Ralph, en cas d’accident ; mais il n’aura pas sujet de se montrer et de lui faire croire qu’on se méfie d’elle. Il ne lui arrivera ni malheur ni chagrin en route. Dieu veille sur elle, et c’est à présent qu’elle peut dire comme le juste de l’Écriture : « Je marcherai sans frayeur dans les ténèbres, parce que le Seigneur est avec moi ! »

JENNY. — Mais moi, monsieur Jacques, je ne peux pas accepter un sacrifice comme le sien. Je suis peut-être moins digne qu’elle, aujourd’hui, d’être aimée et recherchée par un honnête homme ; je n’ai pas ses mérites, moi à qui la sagesse a toujours été facile !

JACQUES. — N’avez-vous pas beaucoup souffert aussi, Jenny ? et pourtant, vous, vous n’avez rien fait pour ne pas rencontrer le bonheur ! Il est temps qu’il vienne. Acceptez-le comme une récompense qui vous est due et que vous