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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/264

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JENNY. — Si vous y tenez, je le veux bien, car il paraît que vous n’avez plus que du bien à m’en dire ?

FLORENCE. — Je vous assure, Jenny, que Céline n’est pas une mauvaise nature, et qu’il y a en elle assez de cœur et d’intelligence pour revenir à la raison et à la droiture, si…

JENNY. — Je n’ai jamais dit le contraire.

FLORENCE. — Elle souffre beaucoup dans ce moment-ci.

JENNY. — Elle souffre ?… Ah ! oui, je sais pourquoi.

FLORENCE. — Vous savez pourquoi ?

JENNY. — C’est-à-dire, je le devine… Elle songe à sa vie passée… elle voudrait l’effacer !

FLORENCE. — Et la réparer.

JENNY — Que Dieu l’aide ! Je prierai pour elle de tout mon cœur.

FLORENCE. — Vous qui la connaissez mieux que moi, puisque vous l’avez vue dans son temps d’innocence, pensez-vous qu’elle puisse y revenir ? Y a-t-il en elle un peu de suite dans les idées, un peu de religion véritable au fond de l’âme ?

JENNY. — Il y en avait ; pourquoi n’y en aurait-il plus ?

FLORENCE. — Ah ! le vice a passé par là, et il est si difficile de remonter du fond de l’abîme !

JENNY. — Vous me parlez de choses que je ne sais pas, monsieur Florence. Comment pourrais-je juger de ce qui vous inquiète si fort ? À vous dire vrai, tout en m’intéressant à cette pauvre Céline, je n’aime pas beaucoup à parler d’elle… Cela m’embarrasse, je ne sais trop pourquoi… Il me semble que ce n’est pas à moi, mais à une personne mûre, comme monsieur Jacques, que vous devriez demander conseil.

FLORENCE. — Est-ce que je vous ai demandé conseil, Jenny ?

JENNY. — J’ai cru que oui.

FLORENCE. — Oh ! non. Je n’ai pas de conseils à demander à propos d’elle.

JENNY. — Sans doute, vous savez ce que vous avez à faire, et c’est votre cœur seul qui doit vous diriger.