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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/254

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GÉRARD. — Venez donc me dire ça de plus près.

FLORENCE. — M’y voilà, monsieur.

GÉRARD. — Ah çà… il n’y a pas à dire, vous êtes Marigny !

FLORENCE. — En êtes-vous bien sûr ?

GÉRARD. — Ma foi, mon cher, je vous demande pardon. Je vous prenais pour un domestique. C’est qu’il y a, depuis deux jours, à Noirac, un jardinier qui vous ressemble. J’étais préoccupé quand je l’ai aperçu ; pourtant, j’ai tout de suite pensé à vous, et voilà que, ce matin, je vous prenais pour lui.

FLORENCE, souriant. — Oui, il y a comme cela des ressemblances ? Vous voulez ramasser votre cravache vous-même à présent ? Ne descendez pas, je vais vous la donner.

GÉRARD. — Mille pardons, mon cher ami, je vous remercie. Mais qu’est-ce que vous faites donc dans ce pays-ci ? Vous voilà affublé d’une limousine comme un vrai campagnard ! Chez qui êtes-vous venu chasser ?

FLORENCE. — Je ne chasse plus. Est-ce que vous ne savez pas ce qui m’est arrivé après 48 ?

GÉRARD. — Je sais, je sais, mon cher ! Vous avez perdu votre fortune, et, de ce moment-là, on ne vous a plus revu. On m’a dit que vous aviez passé en Angleterre.

FLORENCE. — On vous a trompé. Ayant scrupuleusement remboursé les créanciers de mon père, je n’avais pas de raison pour passer à l’étranger.

GÉRARD. — Je sais que vous avez été plus que galant homme ! Vous avez été admirable de délicatesse. On vous en a su gré dans le monde.

FLORENCE. — Le monde est bien bon ; mais je doute qu’il se soit beaucoup occupé de moi. Je n’y avais pas fait figure bien longtemps, et j’ai toujours été assez sauvage.

GÉRARD. — Quand je dis le monde, je parle de nos connaissances communes. Le monde est partout et nulle part ?

FLORENCE. — C’est que je ne sais pas bien apparemment ce que vous appelez le monde ; mais je vous retiens là, je suis à pied…