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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/246

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ques. Je pense, je sens comme lui, et tous deux nous voudrions vous voir consolée, c’est-à-dire guérie de ce que vous appelez vos péchés, de ce que nous appelons vos erreurs.

MYRTO. — Ah ! vous me parlez avec amitié ; mais votre amour est à une autre ! Je sens bien que cette femme-là est plus que moi. Le vent lui a bien enlevé quelques feuilles, mais il ne l’a pas arrachée de sa tige et roulée dans la boue !

JACQUES. — Cela est vrai, Myrto ; mais vous, qui semblez avoir le souvenir d’une éducation chrétienne, rappelez-vous que le repentir sincère et profond efface tout, tandis que le repentir faux ou frivole aggrave nos torts devant Dieu.

MYRTO. — Dieu ?… Oui, j’y crois et je l’aime ; mais je l’oublie et je n’y pense jamais. J’ai une tête bien légère, et je l’ai tant laissée courir, ma pauvre tête, qu’elle est souvent comme celle d’un homme ivre. Parlez-moi de Dieu, Florence, et vous aussi monsieur Jacques ; je vous entendrai, je vous comprendrai ici, dans cette jolie chapelle, qui paraît grande et sévère dans le demi-brouillard. Ah ! comme ils font bien, vos cierges allumés, monsieur Jacques ! Voyez comme cette lumière tremble sur les arcades !… Et la source, nous y voilà ! Qu’elle est claire et immobile, et triste ! On dirait d’une grosse larme qui ne peut ni couler ni sécher. Ah ! j’en ai une comme cela sur le cœur !

JACQUES. — Myrto, vous êtes portée à la poésie comme toutes les âmes excitées. Il faut des choses extérieures à votre imagination ! Ce n’est pas un mal si leur impression vous fait rentrer en vous-même ; mais si elles ne font que réjouir vos yeux et traverser votre cerveau sans y laisser une émotion durable, vous jouez là avec un tableau comme un enfant avec un image dont il ne comprend pas le sens. Dieu n’est pas plus dans cette église que partout ailleurs. S’il n’est pas dans votre âme, il n’est réellement pour vous nulle part.

MYRTO, montrant Florence. — Et il ne me dit rien, lui ! S’il me disait qu’il m’aime, je saurais bien où trouver Dieu ! Je