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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/214

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brouillard, comme si on était dans une chambre ! Tenez ! il me semble qu’il y a quelqu’un par là, sous les grands arbres.

GÉRARD, montant à cheval. — Eh ! qu’importe, Jenny ? accueilli ou repoussé par elle, je dirais à l’univers que je l’aime !

MYRTO, allant droit à lui et prenant la bride. — S’il en est ainsi, Gérard… Non, non, vous m’entendrez ! Ne crains rien, Jenny ; laisse-moi dire, et rapporte mes paroles à qui tu voudras.

JENNY. — Mon Dieu, tais-toi, Céline ! écoute…

MYRTO. — Qu’as-tu donc, toi ? On dirait que tu crains ce que je peux dire !

GÉRARD. — Mademoiselle, laissez-moi, je ne veux pas vous entendre.

MYRTO. — Vous m’entendrez ! Oh ! vous levez votre fouet ? Vous perdez la tête ! Frappez donc Myrto, si vous l’osez, ou que votre cheval la foule aux pieds, elle parlera !

JENNY. — Ah ! monsieur Gérard ! la frapper ! Madame ne vous le pardonnerait jamais !

MYRTO. — Je crois que madame le commanderait, au contraire ! N’importe ! je ne me soucie pas d’elle, pas plus que je ne me soucie de vous, Gérard ! Que vous l’aimiez ou non, cela m’est fort indifférent ; je ne me vengerai pas, j’ai pardonné à cette femme. J’ai beaucoup à me faire pardonner à moi-même et je suis lasse du vice. Ah ! ça vous étonne ? Ça en étonnera bien d’autres ! mais c’est comme cela. Je ne vous demande ni pardon, ni amitié, à vous, monsieur de Mireville ; je n’ai plus besoin de vous, je ne vous aime plus. Aussi je ne veux rien vous devoir. J’ai reçu vos dons tant que vous m’avez aimée. Il me semblait que c’était mon droit ; mais il me répugnerait de les conserver. J’ai dissipé votre fortune, mais je puis vous la rendre ; je suis assez riche pour cela. Je n’ai ni terres, ni châteaux, ni maisons, moi ! mais j’ai des meubles, des chevaux, des diamants. Tout cela sera réalisé dans quelques jours et vous en recevrez le prix. Il égalera, j’espère, les pertes que je vous ai