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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/21

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MAURICE. — Décidément Jacques est un brave homme un homme d’esprit.

EUGÈNE. — L’Anglais aussi me revient, avec son menton rasé et ses mains blanches. Ils sont aimables, mais trop sérieux pour nous, et nous les ennuierons.

ÉMILE. — Je parie qu’ils s’amuseront, au contraire. Ils sont bienveillants et s’égayent avec les personnes gaies.

MAURICE. — Faisons-leur une pièce synthétique, symbolique, palingénésique, hyperbolique…

DAMIEN. — Cabalistique !

EUGÈNE. — Énigmatique, entomologique…

ÉMILE. — Et un peu bucolique

(Ils s’éloignent en riant.)


UN MOINEAU et UNE FAUVETTE, sur la branche.


LA FAUVETTE. — Les voilà partis. Retournons à nos alizes et ne nous querellons plus. Il y en a bien assez pour nous deux.

LE MOINEAU. — Tu en parles à ton aise. J’ai six enfants à nourrir, et ma femme ne peut pas encore les quitter, parce qu’ils sont trop jeunes.

LA FAUVETTE. — Les miens sont au moment de sortir du nid, mon mari m’aide à en prendre soin, mais ils sont de grand appétit.

LE MOINEAU. — Allons, la nuit vient, dépêchons-nous. Mais qu’est-ce que je vois ? Quelque chose d’inouï, d’affreux, là, au bout de la branche ! Sauvons-nous.

LA FAUVETTE. — Tu me fais peur !… Attends donc ! cela ne remue pas. Ce n’est rien.

LE MOINEAU. — Je n’y vais pas.

LA FAUVETTE. — Moi, je me risque. Mes enfants ont faim, et je les entends qui piaillent.

LE MOINEAU. — Eh bien, qu’est-ce que c’est ?

LA FAUVETTE. — Je ne sais pas, mais ce n’est pas méchant. Viens donc, poltron ?

LE MOINEAU. — Ah ! me voilà dessus ! Ce n’est rien, en