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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/204

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même. Lisez, instruisez-vous, réfléchissez, ennuyez-vous beaucoup ; ce sera du moins vous abstenir de faire le mal et d’inspirer de l’amour aux autres pour leur tourment et leur humiliation.

DIANE. — Vous m’écrasez. Je suis donc perdue sans ressource ? Il n’est pas de bonheur pour moi ? Je suis un être odieux, un monstre, une femme sans cœur et sans entrailles ? Je mourrai comme cela, sans avoir vécu ? Ah ! monsieur Jacques, que vous m’avez fait du mal !

(Elle fond en larmes. Jacques la laisse pleurer sans rien dire. Jenny entre.)

JENNY. — Ah ! mon Dieu ! vous pleurez, ma maîtresse ! Monsieur Jacques, vous la laissez pleurer ?… Madame, madame, écoutez-moi ! (Elle se met à genoux devant elle, le dos tourné à Jacques, et met un paquet sur ses genoux. — Bas.) Voyez donc, madame, et consolez-vous !

(Jacques s’éloigne d’elles.)

DIANE, de même. Quoi ?… qu’est-ce que c’est, Jenny ?… Les lettres !

JENNY. — Il n’en manque pas une seule.

(Diane fait un grand cri, se renverse sur sa chaise, puis tend les bras à Jenny et la presse contre son cœur en sanglotant.)

JENNY, pleurant et lui embrassant les mains. — Ma chère maîtresse ! ah ! que je suis contente !

DIANE. — Florence ! où est Florence ?

JENNY. — Il m’a remis cela sans rien dire, et il s’est retiré dans son pavillon.

DIANE. — Je veux le voir, aussitôt que je serai seule. Va, cours lui dire que je veux le remercier. Qu’il ne se couche pas. Il dormira demain. Je ne veux plus qu’il travaille… que pour son plaisir, pas du tout si bon lui semble ! je veux qu’il soit mon hôte, mon ami. Va !

(Jenny sort.)

DIANE. — Vous prenez votre chapeau, vous partez, monsieur Jacques ? Non ! pas encore, je vous prie ! Laissez-moi vous dire… vous remercier d’abord d’avoir bien voulu vous ennuyer deux heures avec moi, et puis vous promettre que je ferai mon possible pour me corriger. Tenez, tout à l’heure,