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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/196

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MYRTO. — Il faut vous rendre les lettres ? Eh bien, après, m’aimerez-vous !

FLORENCE. — D’amitié, oui ! d’une amitié compatissante et toujours prête à vous tendre la main, si cette première bonne action vous donne le goût d’une suite de bonnes actions.

MYRTO. — D’amitié d’amitié, seulement ! Ah ! quel supplice, si vous en aimez une autre et si le sacrifice de ma vengeance est un triomphe pour elle ! Oui ! vous aimez madame de Noirac ! Les preuves de sa coquetterie ne vous en empêcheront pas. Je vois comme vous êtes, vous ! Vous êtes capable de pardonner ce que les hommes du monde ne pardonnent jamais. Cette femme-là vous a fait croire à son repentir, à sa conversion, et vous voulez sauver sa réputation à tout prix ! Ah ! comme vous m’avez menti ! Comme vous êtes amoureux d’elle ! Vous lui passez tout, à elle, et à moi, rien ! Et cependant quelle est la plus coupable ? N’est-ce pas celle qui a été élevée dans un couvent ou sous l’œil d’une mère tendre ; qui a eu un mari avant de songer à s’ennuyer d’être fille ? Celle qui n’a jamais rien eu à désirer, qui a connu tous les triomphes, tout le luxe, tous les plaisirs que nous convoitons en vain, nous, pauvres enfants de la misère ? Pourquoi font-elles le mal, celles qui n’ont pas besoin d’être coupables pour être heureuses ? Pourquoi leur pardonne-t-on, à celles qui mentent et qui trompent cent fois plus que nous ? Notre vertu n’en impose à personne, et la leur, quelle hypocrisie !…

FLORENCE. — Avez-vous tout dit ? Je vous jure que je ne suis pas amoureux de madame de Noirac, et que je ne m’intéresse à elle qu’indirectement.

MYRTO. — Eh bien, alors, est-ce à moi que vous vous intéressez ?

FLORENCE. — Attendez ! Oui, je peux vous dire cela sans vous tromper. En ce moment où je vous connais plus qu’elle, où je vois en vous des accès de douleur que je ne verrai probablement jamais chez elle, et où vous me paraissez plus à plaindre qu’elle dans l’avenir ; enfin, dans ce