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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/184

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MYRTO. — Voyons, restons amis, et ne nous quittons pas comme ça ! Vous avez beau être ruiné, qu’est-ce que ça me fait ? Vous n’en êtes pas moins charmant quand vous voulez, et ça plaît d’autant plus que vous ne l’êtes pas toujours. Si je vous avais connu aimable et spirituel comme ça, dans le temps, je vous aurais bien préféré à Guérineau !

FLORENCE. — C’est très-flatteur pour moi, mais les temps sont changés. D’ouvrier j’étais alors devenu seigneur, et depuis, le seigneur est redevenu prolétaire. Ce n’est pas à des gens comme nous que s’adressent vos sourires. Ainsi…

MYRTO. — Vous nous croyez donc bien intéressées ?

FLORENCE. — Oui, en général.

MYRTO. — Mais il y a des exceptions.

FLORENCE. — Je sais que vous n’en êtes pas une.

MYRTO. — Voilà une parole bien dure.

FLORENCE — Pourquoi serais-je flatteur avec vous ? C’est à ceux qui vous désirent de fermer les yeux sur vos défauts. Moi qui n’ai rien à vous demander, j’ai le droit d’être meilleur pour vous que les autres, et de vous dire la vérité.

MYRTO. — Ainsi, c’est par amitié ?

FLORENCE. — Si vous voulez.

MYRTO. — Et si je ne veux pas ?

FLORENCE. — Ce Sera par humanité.

MYRTO. — Ah ! oui, par pitié ! Vous êtes bien cruel, vous, avec votre air insouciant. Voyons, croyez-vous donc bien me connaître ?

FLORENCE. — Oui.

MYRTO. — Vous aviez donc fait attention à moi chez Guérineau ? Vous m’examiniez donc ? Cela ne paraissait pas.

FLORENCE. — Une jolie femme est toujours une jolie femme pour un homme de vingt-cinq ans, et je ne me piquais pas d’une vertu farouche pour mon compte particulier ; mais l’amitié m’est sacrée. Guérineau était un digne jeune homme, plein de dévouement pour moi et de confiance en moi.