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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/170

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DAMIEN. — Un peu plus, et je l’étais trop. À présent, je ne le suis plus assez. Et toi, Maurice ?

MAURICE. — Moi, je me sens grave et philosophe.

DAMIEN. — Alors, regrise-nous par le charme enivrant et l’originalité chatoyante de ta conversation.

MAURICE. — Je veux bien : Felix qui potuit

EUGÈNE. — Comme tu voudras ! Interroge-moi, n’importe sur quelle cause, et tu verras si je ne te réponds pas.

MAURICE. — Voyons ! quelle est la cause de l’influence d’une femme légère sur la disposition accidentelle de nos esprits ?

DAMIEN. — Quelle influence d’abord ?

MAURICE. — Une influence égayante, étourdissante au premier abord, et puis excitante, et puis énervante, et enfin affadissante, écœurante et abrutissante, à mesure que la réflexion chasse les premières fumées du cerveau.

EUGÈNE. — Tu parles du champagne ? Oui, c’est un pleutre vin, et voilà l’effet qu’il me fait.

DAMIEN. — Ce jeune homme n’est point à la conversation.

MAURICE. — Au contraire ! Il compare ! Il tranche la question ! La femme légère est un vin frelaté.

EUGÈNE. — Parlez-moi d’un bon verre de cognac ! Pas trop n’en faut, mais il en faut un peu.

DAMIEN. — Il parle par métaphore !

EUGÈNE. — Une franche boisson, qui ne fait pas sauter le bouchon, mais qui vous remplit le cœur d’un feu plein et soutenu.

MAURICE. — Oui, une bonne et franche nature, sans caprice, sans artifice et sans malice surtout. Une femme forte et simple…

EUGÈNE. — De cent sept ans ?

DAMIEN. — Merci ! parle de ton cognac et laisse-nous tranquilles.

EUGÈNE. — Vous faites de la philosophie ? J’en suis. Je dis que la cause du pétillement du champagne, c’est la fermentation.

MAURICE. — Fermentation artificielle, provoquée par diverses drogues mêlées au pur sang de la vigne.