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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/158

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MADAME PATURON. — Un sort ? merci !

EULALIE. — Dis donc, maman, il y a quelque chose de changé, là-bas, dans le parterre.

MADAME CHARCASSEAU. — Quoi donc ? qu’est-ce qu’il y a de changé ?

POLYTE. — Oui, oui, regardez ! Des pots de fleurs tout autour de la maison !

MADAME CHARCASSEAU. — Cette coquine de barrière m’empêche de voir ! Est-ce qu’il y en a beaucoup ?

POLYTE, qui est monté sur la barrière. — Ah ! je crois bien qu’il y en a ! Ils en ont mis jusque sur les marches du perron.

MADAME CHARCASSEAU. — Ah ! que c’est ennuyeux, cette barrière ! Je parie que c’est superbe, à présent, la maison en dedans ! Et dire qu’on ne nous fera pas voir ça !

MADAME PATURON. — On dit qu’on a envoyé de Paris pour plus de cent cinquante mille francs de meubles, de tapis de rideaux, de porcelaines et de tas de choses.

MADAME CHARCASSEAU. — Laissez-moi donc tranquille ! On en aurait, des tas de choses pour cent cinquante mille francs ! C’est pas à moi qu’il faut venir conter ça. Madame de Noirac n’est pas déjà si riche !

MONSIEUR MALASSY. — J’estime qu’elle a bien ici pour un million de terres au soleil. Le beau-père de mon beau-frère a été le notaire de la famille.

MADAME CHARCASSEAU. — Oui ! mais les dettes ! vous ne les comptez pas, vous ! Et ça en fait, des dettes, ces dames de Paris ! C’est tout du monde perdu de dettes, dans ces pays-là !

EULALIE. — Ah ! c’est égal, je voudrais bien voir ses robes, à c’te dame ! Doit-elle en avoir de belles !

MONSIEUR CHARCASSEAU. — Bah ! On peut bien en avoir aussi des robes ! Si tu en avais soin, on t’en donnerait plus souvent.

EULALIE. — Oh ! si j’étais riche comme ça, je voudrais en changer tous les jours.

MONSIEUR CHARCASSEAU. — Eh bien, si tu es bien sage, quelque jour, nous viendrons, pendant que cette dame sera