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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/145

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FLORENCE. — Il faut bien que j’essaye la douceur avant d’en venir à la menace. Eh bien ! qu’est-ce donc, Jenny ? vous pâlissez !

JENNY. — Moi ? rien ! Je pense à madame… je suis si agitée de tout cela ! Allez, allez ! et ne quittez pas Myrto d’un instant. Moi, je vous avertis que j’enferme monsieur Gérard dans votre pavillon. Je ne veux pas qu’il la voie.

FLORENCE. — Ah ! Jenny…

JENNY. — Quoi donc ? Allez, Florence, et si vous sauvez ma maîtresse, je vous aimerai comme un frère !

FLORENCE. — Si je ne la sauve pas, c’est que je ne suis pas digne d’un tel bonheur.

(Il part.)

GÉRARD. — Eh bien ! Jenny, qu’est-ce donc ? Est-ce que le jardinier… est-ce que les gens de la comtesse savent quelque chose ?

JENNY. — Non, rien. Mais je vous avertis que madame est bien triste, et même malade, ce matin.

GÉRARD. — Serait-elle jalouse ?

JENNY. — Peut-être ! Malgré tout ce que j’ai pu dire pour vous excuser, elle parlait de rompre le mariage. Elle m’a même défendu de vous recevoir.

GÉRARD. — Quoi ! elle me chasse de sa présence ? Jenny, ma bonne Jenny, je suis désespéré ? Si la comtesse rompt avec moi, je me brûle la cervelle.

JENNY. — Vraiment, monsieur Gérard ! l’aimez-vous à ce point ? est-ce bien sûr ?

GÉRARD. — Oui, Jenny. J’ai eu une jeunesse frivole, absurde, comme nous l’avons tous dans le monde. Elle a plus d’esprit à elle seule que toutes les femmes du monde réunies, et je sais… oh ! je le sais, moi ! que je n’en ai pas du tout ! Myrto me l’a dit cent fois, et les Myrto nous rendent ce service-là, du moins, qu’elle ne ménagent pas nos travers et nos ridicules quand nous les offensons. Eh bien ? je suis si reconnaissant d’avoir été souffert aux pieds de Diane et presque encouragé à espérer sa main, que je me sens