Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/137

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


EUGÈNE. — Silence dans les rangs, quand l’officier commande !

MAURICE. — Allons, recommençons ça…


      En manœuvre !
      Déchaînez !
      Au levage !
      Pompe à terre !
      Ôtez le chariot !

MYRTO, à Germain. — Qu’est-ce qu’on fait donc là, mon bonhomme ?

MAURICE. — C’est l’instruction des pompiers de la paroisse, mam’selle.

MYRTO. — Comment, vous avez des pompiers dans votre village ! Vous êtes riches, à ce qu’il paraît ?

GERMAIN. — Ah ! si c’était vrai que nous fussions riches, nous ne le serions pas longtemps, au train dont on nous galope ! Monsieur le maire ne s’est-il pas imaginé de nous faire acheter une pompe, parce que, de vrai, le feu prend souvent en campagne, et qu’on ne sauve rien, faute de secours !

MYRTO. — Eh bien, il a eu raison, votre maire.

GERMAIN. — Oui, mais faut que la commune paye ça ? On y était tous consentants, dans le conseil ! Il a parlé de huit cents francs ! Dame ! on disait : C’est cher, mais on en aura pour son argent. Eh bien, voyez donc ce qu’on nous a envoyé !

MYRTO. — C’est donc mauvais ? Ça ne va pas ?

GERMAIN. Si ! ça va bien ! Mais pas plus gros que c’est ! Dire qu’une machine comme ça, qu’un seul chevau peut traîner, coûte tant d’argent ! C’est pas possible ! Le gouvernement s’entend avec le maire et le curé pour nous écorcher. Ah ! on peut bien dire qu’ils ont inventé ça pour nous pomper notre argent.

MYRTO. — Ça paraît joli, pourtant, la machine ! Moi, je n’y connais rien. Est-ce que vous vous y connaissez, vous ?

GERMAIN. — Nenni, c’est la première que je vois.