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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/128

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rons pas le temps de l’embrasser tout entier. Il nous faudrait des années pour tout ce que nous avons à nous demander et à nous répondre, et nos heures sont comptées ! Mais nous pouvons, au moins…


JACQUES, RALPH, FLORENCE, MYRTO.


FLORENCE, dans le parc. — Oui, mademoiselle, on peut sortir par ici. C’est le jardin de monsieur Jacques, qui ne le trouvera pas mauvais.

MYRTO. — Et cela conduit au village ?

JACQUES, souriant. — Si l’on veut ; passez, madame.

MYRTO. — Bonjour, monsieur Jacques, puisque monsieur Jacques, il y a ! Je vous demande mille pardons. Je suis une nouvelle habitante du pays, et je ne connais pas encore les chemins.

JACQUES. — C’est vous qui êtes venue hier soir chez Maurice ?

MYRTO. — Et qui demeure, pour l’instant, dans une maison à lui ! Une fameuse baraque ! Mais ça ne fait rien, les lits sont propres et j’y ai bien dormi.

JACQUES. — J’en suis fort aise !

MYRTO. — Tiens ! vous avez l’air d’un vieux malin, vous ! Ce pays-ci me semble rempli de gens d’esprit, savez-vous ? Et si j’y reste, je veux voir du monde. Ah çà, dites donc vous, le jardinier !… vous êtes encore un farceur, de me dire que vous êtes jardinier… Comme si je ne vous reconnaissais pas !

FLORENCE. — Moi aussi, mademoiselle, je vous reconnais fort bien.

JACQUES. — Vous vous connaissez ?

MYRTO. — De vue, voilà tout.

FLORENCE. — Oh ! je sais fort bien qui vous êtes…

MYRTO. — Eh bien, tant mieux pour vous ; mais je ne peux pas en dire autant de vous ; je ne me souviens pas de votre nom… Mais je vous ai vu souvent, souvent, du temps que j’étais liée avec Guérineau, l’entrepreneur. Vous aviez un joli cheval arabe pur sang… J’ai voulu vous l’ache-