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HÉLÈNE.

Tu ne l’aimes donc pas ? Tu as bien tort !


JEANNE.

Je l’aime beaucoup, mais il y a une personne que je préfère.


HÉLÈNE.

Ah ! qui donc ?


JEANNE.

Vous ! Il n’y a que votre avenir qui m’intéresse. Le mien sera toujours à mon gré si je vous vois heureuse, et si je reste près de vous. Césaire est trop dévoué pour ne pas comprendre cela et trop raisonnable pour en être jaloux.


HÉLÈNE.

Tu te trompes ou tu veux me tromper : l’amour n’est pas si peu de chose que cela ! Tu le dédaignes, toi qui l’inspires, et moi qui l’ai quelquefois rêvé, je ne le rencontrerai pas !


JEANNE.

C’est monsieur Maxwell qui vous met cette belle idée dans la tête ?


HÉLÈNE.

Oh ! celui-là, tu en es jalouse ! tu t’imagines que je suis éprise de lui !


JEANNE, vivement.

Vous vous trompez, je n’imagine point cela.


HÉLÈNE.

Tu aurais grand tort ; jamais cette idée-là ne me viendrait. On serait heureuse d’être la sœur d’un homme si pur et si affectueux, mais sa femme, non ! Il a trop aimé, il n’aimera plus.


JEANNE.

Est-ce qu’il vous parle de son passé, à vous ?