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MARCUS.

Je sais tout. Mon oncle que je n’ai pas connu a tué ton père dont tu ne sais pas le nom. L’honneur de ma famille est satisfait, je te tiens quitte. Veux-tu, de cet outrage infligé et de ce sang versé dont nous sommes innocents tous les deux, faire un lien sacré entre nous ?


HÉLÈNE.

Oui ! Je le veux, puisque tu acceptes tout, ma misère et ma honte. Tu es loyal et bon, toi, Marcus ! Et tu avais bien raison, va ! La passion, c’est l’orage qui dévaste.


MARCUS.

Ah ! tu crois à présent que la passion… ?


HÉLÈNE.

Oui, mais l’amitié, c’est le ciel toujours pur !


MARCUS.

Ton amitié ! ton amitié, je n’en veux plus. Si ! je la veux toujours, mais l’ambition m’est venue, il me faut ton amour, ou le mien me rendra fou !


HÉLÈNE.

Toi ?… Est-ce toi qui parles ?


MARCUS.

Oui, c’est moi qui t’adore ! Voyons ! tu ne le savais pas ? tu ne le voyais pas ?…


HÉLÈNE.

Mais, le jour de nos fiançailles…


MARCUS.

Effaçons ce jour-là, veux-tu ?… J’étais abasourdi, j’étais pédant, j’étais fou ! une fierté déplacée m’empêchait de m’abandonner. Je sentais que je n’avais pas mérité mon bonheur. Je voulais être forcé par toi de l’accepter. Et puis je ne te connaissais pas, Hélène ! Dans notre vie facile et calme, je n’avais pas vu ton grand et brave cœur à l’épreuve. Depuis que