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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/96

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puisque vous êtes si heureux de voir que Dieu me rend mon père !

— Et moi, m’écriai-je en tombant à ses pieds, m’aimerez-vous enfin ?

— Je vous aime comme un frère, répondit-elle en me jetant ses deux bras au cou avec une chasteté angélique : c’est vous dire que je vous aime de toute mon âme !

J’étais si transporté du baiser, que je ne scrutai pas la parole. Nous pleurâmes ensemble, et je me crus heureux. Je me crus aimé. Je ne fis pas de réflexions. Je ne comparai point cette affection avec celle que je ressentais ; je ne me dis pas qu’il n’y avait point de comparaison possible, et que l’amitié n’est pas passion.

Hope entrait en ce moment. Sa sœur courut à lui.

— Viens, lui dit-elle ; apprends que notre père est hors de danger, et embrasse celui qui nous a aidés à le sauver.

L’enfant, au lieu de m’embrasser, me secoua la main d’une manière tout anglaise ; sa figure exprimait la joie la plus cordiale, mais cet éclair fut de peu de durée. Avant la fin du jour, il reprit avec moi sa réserve et sa froideur accoutumées. Je me persuadais que c’était là sa manière d’être avec tout le monde, qu’il ne faisait d’exception que pour son père