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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/85

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naître un mariage manqué, et c’est toujours en cherchant à avilir les intentions et à rabaisser les caractères que l’on explique une rupture, quelle qu’en soit la cause.

Il ne me fut donc pas permis de voir miss Love plus de trois fois avant de me déclarer à son père. Dès lors mon honneur était engagé, et je ne pouvais plus rompre que pour des raisons majeures. Or, on n’appelle pas raisons majeures les découvertes ou les réflexions que l’on peut faire sur l’incompatibilité des caractères et des goûts. Il est bien vrai que, si je n’eusse pas décliné mes intentions, M. Butler n’eût peut-être pas eu l’énergie de me fermer sa porte, miss Love, ne sachant rien, n’eût pas songé à l’avertir. D’ailleurs, ni l’un ni l’autre ne paraissaient se soucier des usages de la province, mais, moi, je ne pouvais pas m’y soustraire, je ne pouvais pas compromettre la femme à laquelle je devais donner mon nom.

— J’agrée votre demande, me répondit M. Butler, mais je ne puis encore vous dire si ma fille l’agréera. Si je lui demande comment elle vous trouve, elle me répondra qu’elle vous connaît trop peu pour vous juger. Revenez donc plusieurs fois encore, je vous le permets, et parlez-lui vous-même, j’y consens. Ne la pressez pas trop de dire oui ou non ; elle réfléchira, je la connais. Tout ce que je peux vous dire dès aujour-