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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/83

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quillité que miss Love n’avait été réellement avertie de rien, tandis que M. Butler attendait avec un grand calme qu’elle lui parlât de moi la première.

Personne n’était plus aimable et plus sociable que mon futur beau-père. Rien d’un pédant ; une naïveté exquise avec une véritable intelligence, un adorable caractère, un grand respect des autres, un charme rare dans les relations, les sentiments les plus purs et les plus nobles, tel était M. Butler. On peut dire que jusque-là sa fille, qui lui ressemblait beaucoup par le visage, était un véritable et fidèle reflet de ses inappréciables qualités. Mais M. Butler avait pour défaut l’extension de ses qualités mêmes : sa longanimité ou son optimisme allait jusqu’à la nonchalance dans les questions positives du bonheur domestique et social. Aucun événement ne l’inquiétait jamais. Il ne voulait ou ne savait rien prévoir. Du moins il ne le voulait pas à temps, et, ne sachant pas suspendre ses chers travaux scientifiques, ou s’abandonnant aux douces contemplations de la nature, il laissait aller la vie autour de lui sans en prendre le gouvernail.

En rapprochant mes observations des informations fournies par mon notaire, je vis, dès ce jour-là, que M. Butler n’aurait aucune initiative dans les résolutions que sa fille pourrait prendre à mon égard, qu’il jugeait le bonheur en ménage chose simple et facile,