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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/52

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trouvai son regard aussi froid et aussi sec que le mien. Néanmoins, quand j’eus parlé, elle me remercia avec politesse de la peine que j’avais prise, et me rendit mon salut. Ses beaux yeux noirs étaient adoucis, et le son de sa voix était très-harmonieux. Je sentais pourtant ou je croyais sentir que dès l’abord j’avais réussi à lui être antipathique ; mais elle ne riait plus de moi : je n’en demandais pas davantage.

Je retournai vers M. Butler presque aussi vite que j’étais venu. Il s’en allait tout doucement vers le château, perdu dans ses rêveries, car il eut un tressaillement de surprise en me voyant à ses côtés.

— Ah ! fit-il en se réveillant, vous voilà déjà ? Pardon et merci ! Vous leur avez parlé ?

— J’ai transmis vos ordres, répondis-je ; mais… vous n’avez aucune inquiétude de laisser vos enfants seuls, à cheval, dans ce grand parc ?

— Aucune, répondit-il. Ils ont des chevaux sûrs, et ils les manient très-bien. D’ailleurs, quand ma fille est avec son frère, elle est prudente, et il est fort docile à ses avis. Ils s’aiment beaucoup.

J’aurais pu le questionner en ce moment sans qu’il en prît de l’ombrage, car il était évidemment préoccupé ; mais je ne voulus rien savoir de sa fille, et nous rentrâmes sans qu’il eût retrouvé sa liberté d’es-