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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/35

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contact d’un monde moins restreint que celui qui nous entoure. Vous êtes majeur et maître de vos actions. Je n’ai jamais voulu gêner votre liberté : mais la pauvreté était une grosse entrave dont je vous délivre pour quelque temps. Utilisez votre indépendance en vue de l’avenir. Allez à Paris, ou dans les grandes villes de notre province où nous avons conservé des relations. J’ai écrit à tous les amis de notre famille qu’ils eussent à vous faire bon accueil et à vous diriger dans le choix d’une compagne. Partez, et revenez bientôt me faire part du projet qui vous paraîtra le plus sérieux. J’agirai alors par moi-même et je me déplacerai, s’il le faut, pour travailler à votre bonheur.

Je partis donc dans cette pensée avec une soumission inquiète, et je commençai par voir Paris, vers lequel mon imagination m’avait si souvent emporté.

J’arrivai là aussi provincial que possible. À vingt et un ans, je n’avais pas encore franchi la limite de mon département. J’avais vu très-petite mais très-bonne compagnie, tant chez nous que dans les villes et châteaux voisins, où j’allais rendre les visites que recevait ma mère, laquelle ne sortait pas toujours une fois par an du sauvage ravin de la Roche. D’ailleurs, elle-même avait conservé dans son isolement de si excellentes manières, qu’il ne m’avait pas été difficile de prendre