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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/313

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de la France centrale, au pied de la croix de bois brisée par la foudre, qui tient là sa haute cour et célèbre ses grandes orgies les jours de tempête ? Ce fauteuil me faisait l’effet d’une aberration du pauvre Granville dans ses derniers jours de fantaisie délirante. Tout à coup, je me rappelai Love, et je fis un grand cri où s’exhala toute mon âme. Elle était donc tombée dans le précipice ? Que pouvait-elle être devenue ?

Je sentis alors quelque chose de frais sur mon front, c’était sa main. Elle était à genoux près de moi, elle m’enveloppait de ses vêtements, elle m’entourait de ses bras.

— Jean de la Roche, me dit-elle, tu as donc voulu mourir ici ? Eh bien, mourons ensemble, car je jure que j’ai assez souffert, et que je ne redescendrai pas sans toi cette montagne.

— Je ne mourrai pas, je ne peux pas mourir si tu m’aimes ! m’écriai-je en me relevant.

Je la forçai de se rasseoir sur le fauteuil, et, prosterné à ses pieds, j’appris de sa bouche qu’elle m’avait reconnu dès le premier jour.

— Comment ne t’aurai-je pas reconnu, me dit-elle, puisque je t’avais toujours aimé ? Mais, mon Dieu ! qu’est-ce que je vous dis là ? moi qui m’étais promis de vous étudier et de vous faire attendre !

— Méchante ! m’écriai-je, pourquoi ces froides ré-