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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/308

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— Vous êtes un entêté ! me dit-elle alors avec une véritable colère maternelle ; vous avez voulu porter, ce n’est pas votre état, et vous n’en pouvez plus ! Vous en serez malade, vous en mourrez peut-être ! Et des larmes coulèrent sur ses joues pâlies par le froid, qui tout à coup se couvrirent d’une vive rougeur, comme si son amour se fût trahi en dépit d’elle-même. Son émotion me rendit presque fou. Je faillis me jeter à ses pieds, mais la présence de Leclergue me retint. Que signifiaient donc toute cette prudence et toute cette méfiance dont elle venait de rédiger pour ainsi dire le programme cruel en parlant de moi à M. Black en ma présence et avec le soin de ne m’en pas laisser perdre une parole ?

Immobile devant elle, je regardais sa nuque blanche inondée de boucles noires, et je devinais, aux moindres ondulations de sa tête penchée en avant, les larmes qu’elle ne pouvait plus retenir. J’étais donc aimé éperdument peut-être, et elle ne voulait pas me le laisser entrevoir ! Pourquoi ce jeu terrible pour tous deux ? Était-ce fierté à cause de ma fortune refaite et de la sienne compromise ? Non ! Love était comme son père, elle ne savait jamais rien des choses d’argent, ou, si elle les savait, elle n’y pensait pas, elle n’y pouvait pas penser. C’était donc autre chose ; du dépit peut-être, un dépit réel et profond de m’avoir