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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/292

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Je ne serais pas fâché d’avoir une fois sa vie dans mes mains. Partons.

Une heure après, nous étions en route. Love, assise commodément, avec un petit marchepied suspendu, traversait rapidement la verte et profonde vallée, blanchie par les vapeurs du matin. Il faisait très-froid. Le terrain montait doucement. Les porteurs avaient peu de peine. Comme nous étions quatre, c’est-à-dire deux de rechange, je laissai partir les deux premiers en avant. Je ne voulais pas attirer encore l’attention de Love, et je suivais avec mon camarade de relais. Je désirais parler avec M. Black, qui venait à l’arrière-garde, ainsi que M. Butler, Hope, François et son beau-père. Les porteurs, marchant une sorte de pas gymnastique, ne souffraient personne devant eux.

Junius vint de lui-même se placer à mes côtés, à une distance convenable des Butler. Comme mon camarade était près de nous, je parlai anglais, ce qui fit un grand plaisir à M. Black.

— Vraiment ! vous avez appris notre langue, si vite et si bien ? Mademoiselle en sera charmée ; mais sachez, mon cher ami, que miss Butler ne se doute de rien, qu’elle ne vous a pas reconnu, et qu’elle ne m’a, en aucune façon, laissé libre de lui parler de vous. J’ai essayé d’amener adroitement la conversation sur votre compte. J’ai demandé si on avait quelque