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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/267

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— Vous pouvez, lui dis-je, garder cette fleur aussi fraîche dans l’eau qu’elle l’est dans la prairie, pendant huit jours au moins. Il est vrai que, dans huit jours, vous ne serez peut-être plus ici !

— J’espère bien que nous y serons encore, répliqua-t-elle. Je m’y trouve si heureuse ! Je prie pour que les orages ne finissent pas, et qu’il n’arrive pas de voyageurs.

— Dame ! si vous ne voulez pas qu’il en arrive… on pourrait effondrer le chemin et faire verser les chaises de poste !

— Vraiment, Jacques ? vous assassineriez un peu sur les chemins pour me faire plaisir ?

— Elle me reconnaît, m’écriai-je en moi-même, car voilà que je lui parle d’amour, et, Dieu me pardonne, elle se permet enfin d’être un peu coquette. Mais tout aussitôt mon illusion tomba, car elle ajouta d’un ton moqueur :

— Mon brave homme, c’est pousser trop loin le dévouement du guide modèle.

Et, comme son père et son frère entraient dans sa chambre, elle leur dit gaiement en anglais :

— Vous voyez, je cause avec Jacques. Décidément, il n’est pas assez paysan pour moi, et il a l’esprit faussé. J’ai mal placé mes affections !