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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/264

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de terribles marcheurs, n’est-il pas vrai ? et encore plus désagréables quand nous nous cassons les jambes.

Puis, comme je répondais selon les convenances de mon rôle, elle me regarda attentivement. J’avais eu le courage de laisser ma barbe longue, mes ongles noirs et mon sordide gilet de velours avec les manches de laine tricotée et la ceinture en corde. Je crus qu’elle tâchait de retrouver l’homme élégant et soigné d’autrefois sous cette carapace ; mais le résultat de cet examen fut d’une prosaïque bonté.

— Je vois, dit-elle, qu’en tout temps vous portez des vêtements chauds. C’est bien vu dans un climat si capricieux ; mais cela doit coûter assez cher. Je veux vous donner deux beaux gilets de flanelle rouge que j’ai là et dont mon père n’a pas besoin. Il en a plus qu’il ne lui en faut pour le voyage. — Marguerite, fouillez, je vous prie, dans cette malle ; vous trouverez cela tout au fond.

Et, quand elle eut les camisoles dans les mains, comme je refusais de les prendre :

— Vous ne pouvez pas dire non, reprit-elle ; c’est moi-même qui les ai cousues, parce que mon père est très-délicat et trouve que personne ne lui fait comme moi des coutures douces et plates. Voyez, ajouta-t-elle avec une importance enfantine, et