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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/216

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ici, disait-elle à son père. Les profanations de l’été y laissent trop de traces que l’hiver seul peut laver et faire oublier. Dans ce moment-ci, le pays n’est pas à tout le monde ; il est à ses maîtres naturels, aux pasteurs, aux troupeaux, aux bûcherons et à nous, qui avons le courage de le posséder à nos risques et périls. Aussi je me figure qu’il nous accueille en amis, et que rien de fâcheux ne nous y peut arriver. Ces herbes mouillées sentent bon ; ces fleurs, toutes remplies des diamants de la pluie, sont quatre fois plus grandes et plus belles que celles de l’été. Ces grandes vaches, bien lavées, reluisent au soleil comme dans un beau tableau hollandais. Et le soleil ! ne trouvez-vous pas que, lui aussi, est plus ardent et plus souriant à travers ces gros nuages noirs qui ont l’air de jouer avec lui ?

Love avait raison. Cette nature, toute baignée à chaque instant, était d’une suavité adorable. Les torrents, pauvres en été, avaient une voix puissante et des ondes fortes. Le jeu des nuages changeait à chaque instant l’aspect des tableaux fantastiques, et, quand la pluie tombait, les noirs rideaux de sapins, aperçus à travers un voile, semblaient reculer du double, et le paysage prenait la vastitude des grandes scènes de montagnes.