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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/196

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saut. Je vis enfin la trace encore fraîche d’un petit soulier de femme, et tout aussitôt, dans les herbes, un mouchoir brodé au coin du chiffre L. B.

Je m’emparai avec un trouble inconcevable de cette relique, et je repartis aussitôt. Love était venue là il n’y avait peut-être pas un quart d’heure. Je m’élançai sur la route, et, au détour d’un angle de rochers, je vis une voiture élégante et confortable, traînée par deux beaux chevaux, avec deux domestiques sur le siège. L’équipage remontait au pas le cours du torrent. Je le suivis en me tenant à distance convenable. Puis la voiture s’arrêta. Love mit pied à terre avec Hope, et je les suivis d’un peu plus près, éperdu, le cœur en larmes et la tête en feu, mais veillant sur moi-même comme un Indien à la poursuite de sa proie. Love avait grandi presque d’une demi-tête ; mais, comme elle avait pris un peu d’embonpoint, l’ensemble de sa stature avait toujours la même élégance et la même harmonie de proportions. Elle portait toujours ses cheveux courts, frisés naturellement, soit qu’elle voulût par là mettre à profit le temps que les femmes sont forcées de sacrifier à l’entretien et à l’arrangement de leur longue chevelure, soit qu’elle sût que cette coiffure excentrique lui allait mieux que toute autre. On pouvait le penser, car, bien qu’elle fût tout à fait dépourvue de coquetterie, elle était toujours mise avec