Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/188

Cette page n’a pas encore été corrigée




XVII


Il faut croire que ce fatal amour était en moi comme la source de mon existence ; car, en dépit de tous les avertissements de M. Louandre et de toutes mes déceptions, je le sentis se raviver avec une énergie foudroyante. En vain j’amoncelais contre lui les raisonnements et les preuves, en vain je me disais que Love avait dû perdre l’attrait de sa personne ; je me trouvais là aussi ému, aussi ardent que si toutes les choses du passé dataient de la veille. Je revoyais l’endroit où son père m’avait envoyé lui parler le jour de notre première entrevue, et le cœur me battait comme si j’allais la voir paraître au fond du vallon, montée sur son poney noir, et la plume de son chapeau au vent. Et puis je m’arrêtais sous un massif de sapins. C’est ici qu’elle était assise tandis que son frère cueillait de la mousse sur les arbres ; c’est là qu’elle folâtrait avec lui comme un jeune chat, et qu’elle oubliait un livre latin qu’elle savait déjà lire, hélas ! mélange bizarre d’enfance pétulante et de précoce