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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/153

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travers de si grands espaces à franchir, m’apparut comme un phare qui me rappelait obstinément. J’avais accompli ma tâche, j’avais subi mon martyre, et, s’il m’était interdit de vivre sous l’étoile du bonheur, du moins j’avais le droit de revenir pleurer tout bas dans mon berceau.

J’arrivai en France, au printemps, et ce n’est pas un rêve que de croire à l’air natal. Malgré la rigueur relative de la région où je rentrais en venant des tropiques, je respirai à pleins poumons, avec délices, le froid humide des plateaux qui servent de base à nos montagnes. Les grands tapis de renoncules jaunes et de narcisses blancs à cœur d’or qui jonchent les hauteurs étaient noyés dans la brume, et je ne pus saluer que par rares éclaircies les dentelures de mes horizons.

Je n’avais reçu aucune lettre de France, et je n’avais pas donné de mes nouvelles depuis si longtemps, que l’on devait me croire mort ; je me faisais un plaisir triste d’apparaître comme un spectre à ceux qui m’avaient un peu aimé. Mais, avant de songer à mes anciens amis et à mes parents, je voulais revoir seul le tombeau de ma mère, sa maison bizarre et sa chambre d’honneur, où elle avait passé les trois quarts de sa vie à recevoir les visiteurs d’un air grave, tout en faisant du tricot, sans lever les yeux sur personne, ou à rêver seule avec