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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/152

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hommes, au mépris des plus saintes lois du cœur. Je n’étais devenu ni méchant, ni injuste, ni envieux, ni cruel. Affligé d’un caractère un peu méfiant et hautain, je m’étais adouci et contenu sans m’avachir et sans m’annuler. Enfin ma bonne conscience m’avait rendu le sommeil et l’appétit. Les grandes misères et les sérieuses aventures m’avaient même donné une sorte de gaieté extérieure et de sociabilité sympathique, comme il arrive toujours quand un instant de bien-être et de repos chèrement acheté vous fait sentir le prix de tout ce que l’opulence et la sécurité méconnaissent. Je n’étais pas heureux, mais je savais en quoi consiste le vrai bonheur, et je pouvais dire, la main sur ma poitrine, que, si je ne l’avais pas trouvé, ce n’était pas ma faute.

Voilà pourquoi, silencieux sur mon propre compte, mais non satisfait, détestant toujours ma destinée, mais sans amertume contre celle des autres, je me lassai de la vie errante à l’époque où elle devient une passion pour ceux qui en ont traversé les premières épreuves. J’en vins à me dire que je pouvais, sans oublier Love, ce qui ne me paraissait pas admissible, apporter encore une intimité supportable et un loyal attachement dans le mariage. J’en vins à rêver une famille, des enfants à élever, des amis à retrouver, et mon rocher d’Auvergne, qui me semblait si petit à