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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/144

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Londres. Je resterai ici, ou du moins j’essayerai d’y rester et de prendre mon parti. Rassurez ma mère : je soignerai ma santé ; je prendrai tout le quinquina qu’il lui plaira de me doser, et, pourvu que je me porte bien et que j’agisse comme un homme qui a son bon sens, qu’importe le reste ?

J’espérais tenir ma parole, mais je ne la tins qu’à demi. Je soignai ma santé, qui se rétablit à peu près. Je gardai un silence absolu sur moi-même, et je parus avoir l’esprit présent et la tête saine. Cependant je ne me consolais pas, et par moments je me sentais devenir fou. Je me cachais dans les grottes voisines du château, et, là, dans l’ombre, assis sur une grosse roche brute qui occupait le centre de la crypte principale et qui avait peut-être servi de trépied à quelque pythonisse gauloise, j’évoquais le fantôme de Love, et je me mourais d’amour en cherchant à le fixer et à le saisir.

L’hiver fut horrible. Bien que l’abri du ravin nous adoucît la rigueur du climat environnant, on gelait dans les appartements mal clos du manoir, et, quoique très-habitué à tout supporter, je sentais le mal-être extérieur réagir sur mon âme. Je faisais de grandes courses sur la neige qui couvrait les plateaux. Un jour, je gravis avec des peines inouïes le cratère de Bar pour revoir les buissons où j’avais embrassé Love