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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/127

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— Si je vous aime tant que cela !… Vous avez donc pensé que je vous aimais peu et tranquillement ?

— Peu, non ! Je ne vous aimerais pas si je ne me croyais pas beaucoup aimée ; mais, tant que le devoir ne nous enchaîne pas l’un à l’autre, nous ne pouvons pas sacrifier celui qui nous enchaîne à notre famille. Pourriez-vous hésiter entre votre mère et moi ?

— Il me semble que je n’ai pas hésité quand je vous ai donné ma parole de me séparer d’elle pour vous suivre, s’il le fallait, à mille lieues de ce pays.

— C’est vrai, répondit miss Love en pâlissant, vous m’avez promis et juré plus que je ne demandais, car je comptais bien et je compte toujours que nous resterons en France. J’ai pensé que vous étiez très-enthousiaste, très-vif en paroles, et qu’au besoin vous reculeriez devant un pareil sacrifice.

— Vous vous êtes trompée, je ne reculerais pas.

— Eh bien, c’est peut-être mal de m’aimer à ce point-là ; mais vous n’êtes pas dans la même situation que moi. Votre mère, vous me l’avez dit, désirait notre mariage, et l’idée de votre bonheur lui eût fait tout accepter. C’est la consolation des cœurs généreux que de savoir s’oublier pour ceux qu’on aime. Chez nous, ce n’est pas la même chose. J’ai affaire à un père qui ne saurait pas vivre sans moi, à un frère…

— C’est de lui qu’il faut me parler ; voyons ! Votre