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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/124

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raient plaints des orages que le lac de Bar attirait et déversait sur leurs terres. Ils seraient venus à main armée le dessécher avec du vif-argent.

Je me laissai tomber sur l’herbe vers le milieu du lac tari. Les bouleaux interceptaient fort peu la vue, et mon regard embrassait l’épaisse et magnifique ceinture de hêtres qui entourent le rebord du cirque avec une régularité que ne surpasseraient guère les soins de l’homme. De là, on pourrait se croire dans le bassin d’une plaine, si l’on ne consultait l’aspect du ciel, qui, au lieu de fuir à l’horizon par une dégradation de tons et de formes, révèle, par l’intensité uniforme du bleu et par le dessin inachevé des nuages, le peu d’espace que la plate-forme boisée occupe.

Le lieu est d’une tristesse mortelle, et je m’y sentis tout à coup saisi par le dégoût de la vie qu’inspirent certains aspects solennels et sauvages de la nature, peut-être aussi l’oppression de ce ciel étroit qui écrase les cimes enfermées par des rebords, et qui semble mesuré à l’espace d’une tombe. Je mis ma tête dans mes mains, et je donnai cours aux sanglots que j’étouffais depuis si longtemps.

Je m’éveillai comme en sursaut en m’entendant appeler par mon nom… La voix de Love dans cette morne solitude, d’un accès sinon difficile, du moins pénible, et où je m’étais dit avec une sorte de sécurité