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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/121

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nom ne la fait pas rougir. Elle a une manière de vous aimer qui fera votre bonheur si vous l’épousez, mais qui ne vaincra pas les obstacles à votre mariage, s’il s’en présente de sérieux. Ne l’aimez donc pas si follement ; apaisez-vous !

— Ah ! taisez-vous, lui répondais-je avec amertume ; je ne pense que trop comme vous ! Elle aime trop sa famille pour aimer un nouveau venu. Elle est adorable, mais elle n’a pas d’amour pour moi. Et moi, je le vois de reste, mais je l’adore ! Ne me dites plus rien d’elle. Laissez-moi attendre et souffrir.

Devant ma mère, j’affectais la confiance et la gaieté. Seul, j’étais en proie aux furies. J’accusais Love, j’essayais à me détacher d’elle, et, chose horrible à penser, il y avait des moments où je me surprenais à désirer la mort de son frère ; mais ce monstrueux souhait ne me soulageait pas. Je sentais bien que, si je devenais la cause de cette mort. Love ne pourrait jamais se décider à me revoir.

Au bout de cette mortelle quinzaine, j’appris par un indifférent que le jeune Butler était mieux, et qu’on l’avait vu se promener en voiture du côté de la Chaise-Dieu. N’y tenant plus et me sentant devenir fou, je partis à tout hasard pour Bellevue.

— Peut-être s’est-on trompé, me disais-je. Si Hope était guéri, ne me l’eût-on pas fait savoir ? S’il ne l’est