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Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/101

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cherché à séduire une enfant auprès du lit où son père se débattait entre la vie et la mort, mais ils disaient en souriant que je n’avais été ni timide ni malavisé de m’emparer du rôle de garde-malade pour me rendre maître de la situation, c’est-à-dire de l’honneur et de la dot. M. Louandre, confident des affaires de M. Butler, ne pouvait crier sur les toits ce qu’il m’avait confié de l’avenir de ses enfants. Love passait pour une riche héritière, et moi pour un âpre et adroit ambitieux.

Ainsi tout ce qui m’avait averti et effrayé dès le premier jour se levait déjà pour m’accabler. Il est vrai que j’avais maintenant dans l’âme toutes les forces de l’amour pour me préserver de la mauvaise honte et mépriser la malveillance : mais, si cet amour n’était pas partagé, il me faudrait donc rester avec ma douleur sous le coup d’une humiliation sans dédommagement.

Telles furent les clartés importunes qui se montrèrent, lorsque, deux jours après mon départ de Bellevue, j’y retournai avec une amère impatience. Je trouvai M. Louandre seul au salon, attendant qu’on eût attelé son cheval.

— Vous avez été un peu vite, me dit l’excellent notaire. Le malade est sauvé, vos soins y ont contribué certainement ; sa fille et lui-même le disent et vous