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il les battait aisément. On lui en voulait, on le déclarait pédant, acerbe et finalement ennuyeux, ce qui est la vengeance des esprits superficiels. Il eût pu être écouté, car il instruisait et parlait bien ; seulement son caractère éloignait de lui et gâtait le bien qu’il eût pu faire.

Sa femme s’en apercevait-elle ? Elle l’écoutait d’un air respectueux et craintif. Elle n’avait ni familiarité ni enjouement avec lui. Ils causaient peu ensemble, et elle n’osait pas causer devant lui, tandis qu’avec Salcède et la baronne elle redevenait vivante et animée.

Je me disais à part moi :

— Quand on se décide à mettre l’amour dans sa vie, on devrait bien se demander si on est propre à inspirer l’amour. Je comprends le beau Salcède s’attachant aux pas des belles femmes ; il les aime trop pour n’en pas être aimé. M. le comte s’est trompé de route, c’est lui qui eût dû se donner à la science, le mariage d’amour n’est pas du tout son fait.

Nous étions à Montesparre depuis six semaines, nous devions y passer deux mois. M. de Salcède avait promis d’y rester huit jours, et il ne parlait plus du tout d’aller en Allemagne comme il l’avait annoncé. Son pied, parfaitement guéri, ne pouvait plus lui servir de prétexte, et il n’en cherchait pas. Il n’avait plus, je crois, aucun projet, aucun but dans la vie ; il aimait, avec ou sans espoir, il ai-