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baignant son pied malade dans l’eau courante. Ou il s’était fait plus de mal qu’il ne voulait, ou il voulait en guérir vite pour ne point boiter trop disgracieusement. Je le trouvai fort pâle, et, comme je lui témoignais respectueusement de l’intérêt, il m’avoua qu’il souffrait beaucoup. Dès qu’il sut que madame s’inquiétait de lui, il se hâta d’ajouter que cette eau froide lui faisait grand bien, et peu après il se rechaussa et remonta au manoir lestement. Il souffrait certainement le martyre, car sa main que je touchai était trempée d’une sueur glacée.

Je crus qu’il allait courir auprès de madame. Point. Il apprit qu’elle déjeunait et ne jugea pas convenable de prendre son repas avec elle. Il s’éloigna même du pavillon, et un moment je pensai qu’ayant eu le courage de s’estropier pour madame de Flamarande, il n’aurait pas celui de se présenter à elle. Elle dut le chercher et le rencontra dans le jardin, c’est-à-dire dans ce qui avait été le jardin du château. C’était une esplanade plantée de vieux arbres, où l’on voyait encore les débris d’une terrasse et de quelques escaliers en lave du pays. Un seul banc de cette lave rouge était encore debout. Toute trace de culture avait disparu. Madame s’assit sur ce banc auprès de M. de Salcède, qui s’était levé et qu’elle força de se rasseoir. Des vaches et des chèvres paissaient autour d’eux l’herbe inégale et les plantes sauvages.

De la cuisine, où je préférai déjeuner, je voyais