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sur une âme dévouée. Que le rôle de Salcède eût été beau, si la femme calomniée eût pu lui écrire : Veille sur mon enfant ! Voilà ce qu’elle eût pu me dire, à moi, et j’eusse donné ma vie entière à cette tâche sacrée, tout aussi bien que Salcède ; mais lui, où était le grand mérite de son dévouement envers son fils ? Il ne faisait que son devoir en réparant le crime d’avoir trahi l’amitié et perverti l’innocence d’une jeune femme.

Mais pourquoi ne pouvais-je pas envisager froidement toutes ces choses et attendre paisiblement l’avenir avec l’arme que je possédais ? — Non, je ne pouvais pas ; je ne savais pas être tranquille, j’avais besoin de condamner ou d’absoudre. Tantôt je me demandais pourquoi je n’agissais pas tout de suite auprès de la comtesse pour qu’elle renonçât à des projets funestes à Roger ; tantôt je me demandais si j’aurais jamais le courage de briser la fierté d’une femme si habile et le cœur d’une mère si passionnée. Si elle allait, en me voyant hostile, m’accuser d’avoir pour elle des sentiments indignes de ma raison et de ma dignité ? L’idée d’être humilié, ridiculisé par elle m’était insupportable, et, quand je me représentais la scène qui pouvait avoir lieu, je passais des heures d’insomnie à préparer les dénégations les plus blessantes sans en trouver de suffisantes pour me disculper. Et puis toute cette énergie tombait. Je me sentais faible et pris de vertiges. Je me représentais des larmes, comme autre-