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amicale qu’elle m’avait témoignée dans sa douleur et que j’avais tant besoin de mieux mériter. Pour voir sa joie et sa reconnaissance, j’aurais, je crois donné ma vie, et j’eusse bravé la fureur, le mépris de mon maître ; mais quoi ! elle ne pensait plus à Gaston. Elle était calme, elle était belle. Elle me regardait tranquillement, elle me parlait avec une douceur polie et froide. Ses yeux n’interrogeaient plus les miens. Sa main ne se tendait plus vers la mienne. Elle avait oublié tout, je n’étais plus que le valet de chambre de M. le comte. Elle n’avait même plus un ordre à me donner.

Un jour, elle me trouva à quatre pattes dans l’antichambre, servant de monture à l’impétueux Roger, qui, tout en me tenant au cou et m’embrassant, me donnait des coups de talon dans les côtes. Elle le prit vivement dans ses bras, comme si elle eût craint que je ne lui fisse du mal.

— Ah ! madame, lui dis-je en me relevant, vous ne savez pas comme j’aime les enfants !

— Je le sais, répondit-elle, je sais que vous avez un très-bon cœur ; mais vous gâtez trop Roger. Il en abuse et deviendra méchant.

Il me sembla que le moment était comme fatalement amené pour ma confession et j’allais supplier madame de m’entendre en particulier ; mais, avant que j’eusse pu trouver un mot pour exprimer mon intention, elle avait disparu, emportant son fils, et je n’eus pas le courage de la suivre.