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personne. Tout cela ne devait avoir lieu qu’à son retour d’Italie. Je m’attachai à cette résolution forcément ajournée, à cet espoir de racheter le repos absolu de mon cœur et de ma conscience, et je pris courage en m’occupant de Gaston avec un profond attendrissement.

Malheureusement pour moi, Gaston ne m’aimait pas, et toutes mes avances le trouvaient insensible. Il n’était ni brutal ni maussade, mais il me répondait d’un air ennuyé et s’essuyait le front du revers de sa main quand je me hasardais à y déposer mes lèvres par surprise.

Son instinct de réserve était moins sensible avec les autres. Les paysans ne sont pas démonstratifs, et personne ne quêtait ses caresses. Il était tout l’opposé de son frère Roger, qui montrait déjà un caractère tout en dehors. Gâté, ardent, fantasque, Roger n’avait pas une minute de repos. Il fallait que tout mobilier ou toute personne lui passât par les mains. Il brisait tout, et dans ses jeux il se souciait peu de vous faire du mal : mais il avait tout aussitôt des repentirs charmants : il vous caressait avec passion, trouvant des mots tendres et comiques pour vous consoler. Ses prières étaient irrésistibles, ses colères effrayantes, ses gentillesses adorables. Tout émotion, il donnait aux autres des émotions continuelles.

Gaston, paisible et méfiant, était très-mystérieux. Sa douceur était inaltérable. Il n’avait aucune fan-