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quand on ne le contrariait pas, il prenait une allure rapide, régulière et cadencée, ne s’effrayant de rien, ne reculant devant rien et ne montrant d’autre souci que celui d’avancer. Je le connaissais déjà, je n’avais plus peur de lui, je le tenais à peine. Il marchait, marchait, voyant clair dans les ténèbres, car j’avais eu soin de ne pas allumer les lanternes.

Dans l’intérieur de la voiture, la nourrice ne bougeait pas, l’enfant semblait dormir. Moi, je n’avais nul besoin de sommeil, j’avais la fièvre. J’avançais comme dans un rêve. Je sentais un vent tiède fouetter ma figure, et cela me soulageait. J’avais une idée fixe que je me répétais tout bas, mais en articulant les paroles, comme si j’avais eu besoin d’entendre une voix me les dire.

— Si tu avais refusé cette mission, ton maître eût fait périr l’enfant, car, s’il n’est pas cruel, il est fou, et cet enfant, que tu enlèves à sa mère, tu le sauves ; marche donc, tu accomplis un devoir impérieux !

Et je me répétais d’une voix égarée : Impérieux ! impérieux !

Nous avions dépassé la Loge, qui était à cette époque le dernier relais de poste avant Vierzon. Zamore, qui n’avait pas ralenti un instant son allure, s’arrêta court et fit mine de se coucher. Je descendis et lui essuyai les naseaux avec mon mouchoir, qui fut aussitôt rempli de sang. Les clochers de