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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/80

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bien fallu vous admirer, malgré les prières et les regrets.

Mais, si vous avez eu un moment de santé suffisante, comme Nadar me le disait, pourquoi n’en avoir pas profité pour chercher, ne fût-ce que momentanément, un climat meilleur pour vous ? Vous parlez si peu de vous-même, vous faites si bon marché de votre mal, qu’on ne sait pas ce qui peut l’alléger.

Pour ma part, j’ai une foi, c’est qu’il n’y a pas de maladies incurables. La médecine avancée commence à le croire ; moi, je l’ai toujours cru, et je me dis que c’est un devoir envers l’avenir, envers l’humanité, de vouloir guérir. J’ai eu, il y a quatre ans, une fièvre typhoïde : il m’est resté une maladie de l’estomac qui a duré trois ans et qui était qualifiée de chronique. M’en voilà guérie, mais aussi je l’ai voulu.

Et, pourtant, croyez bien que je pourrais dire avec vous : Ma vie a été triste ! Elle a été, elle sera toujours pleine d’atroces déchirements, et mon fonds de gaieté intérieure ne me préserve pas des accablements complets. J’ai perdu, l’été dernier, mon petit Marc, l’enfant de Maurice et de sa gentille compagne, la fille de Calamatta. Le pauvre petit avait un an, il était né le 14 juillet ; le jour de son premier anniversaire, son agonie a commencé. Il était joli et intelligent déjà. Quelle douleur ! nous n’en sommes pas encore revenus et, pourtant, je demande, je commande un autre enfant ; car il faut aimer, il faut souffrir, il faut pleurer, espérer, créer, être ; il faut vouloir enfin, dans