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je m’absente, n’a pas demandé une seule fois où ils étaient. Elle joue et rit, puis s’arrête ; ses grands beaux yeux se fixent, elle dit : Mon père ? Une autre fois, elle dit : Maman ? Je la distrais, elle n’y songe plus, et puis elle recommence. C’est très mystérieux, les enfants ! ils pensent sans comprendre. Il ne faudrait qu’une parole triste pour faire sortir son chagrin. Elle le porte sans savoir. Elle me regarde dans les yeux pour voir si je suis triste ou inquiète ; je ris et elle rit. Je crois qu’il faut tenir la sensibilité endormie le plus longtemps possible et qu’elle ne me pleurerait jamais si on ne lui parlait pas de moi.

Quel est ton avis, à toi qui as élevé une nièce intelligente et charmante ? Est-il bon de les rendre aimants et tendres de bonne heure ? J’ai cru cela autrefois : j’ai eu peur en voyant Maurice trop impressionnable et Solange trop le contraire et réagissant. Je voudrais qu’on ne montrât aux petits que le doux et le bon de la vie, jusqu’au moment où la raison peut les aider à accepter ou à combattre le mauvais. Qu’est-ce que tu en dis ?

Je t’embrasse et te demande de me dire quand tu iras à Paris, mon voyage étant retardé, vu que mes enfants peuvent être un mois absents. Je pourrai peut-être me trouver avec toi à Paris.

TON VIEUX SOLITAIRE.


Quelle admirable définition je retrouve avec surprise dans le fataliste Pascal :