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mais je l’en ai empêché. Nohant sans eux est trop morne, et tu es dans l’âge de la force et du bonheur, je trouverais égoïste et lâche de te faire quitter les tiens et tes plaisirs du Midi pour te condamner à l’état de chien de garde. Non, sois tranquille sur mon compte, je supporterai cette crise comme il le faut, tant qu’on a un devoir à remplir, on a la grâce suffisante et je ne m’ennuierai pas ; cette solitude me forcera de travailler. J’aurai le cœur gros souvent, surtout jusqu’à dimanche, où j’aurai un télégramme de leur arrivée à Milan. Jusque-là, l’inquiétude troublera le sommeil. Je ne sais pas si on passe le mont Cenis sans danger en cette saison, ni comment on le passe. C’est bête d’y penser ; il y a du danger partout, même au coin de son feu ; mais l’imagination est la folle qui n’obéit pas à la volonté. Si tu veux de leurs nouvelles, écris-leur : Alla signora Lina Sand (Calamatta), Contrada Ciovasso, 11, Milano.

Au revoir donc, à Paris, quand tu y seras selon le cours de tes projets quand tu auras vu tout ton monde et que le mien sera revenu, j’irai y passer quelques jours et te rappeler que Nohant t’attend quand tu seras un peu rassasié de Paris.

Je t’embrasse tendrement, cher fils ; ne sois pas inquiet de moi, mais plains-moi un peu ; ça me fera du bien.

G. SAND.